Abonnement électronique d'un an à Le Monde diplomatique pour 34.00€.
Garantie de remboursement si vous changez d'avis - valable 30 jours
page:
sommaire
précédent suivant
zoom - zoom +
vignettes double page page simple double page grand
ajuster à la taille de l'écran
copier sur un blog
Aller à la page 14 Aller à la page 27 Aller à la page 12 Aller à la page 11 Aller à la page 8 Aller à la page 21 Ouvrir www.africultures.com/index.asp?menu=affiche_article&no=6819 Aller à la page 4 Aller à la page 23 Aller à la page 31 Aller à la page 24 Aller à la page 3 Aller à la page 16 Aller à la page 15 Aller à la page 29 Aller à la page 26 Aller à la page 28 Aller à la page 5 Aller à la page 10 Aller à la page 6 Aller à la page 18 Aller à la page 22 Aller à la page 25 Aller à la page 20 Aller à la page 30 Envoyer un email à ceds2@wanadoo.fr Aller à la page 2 Aller à la page 19 Aller à la page 17 Ouvrir www.ceds-fr.com
page
page:
sommaire
précédent suivant
zoom - zoom +
vignettes double page page simple double page grand
ajuster à la taille de l'écran
copier sur un blog
imprimer

Version texte

SEPTEMBRE 2007 –

LE MONDE diplomatique

32

diplomatique

MONDE

UN

DISCOURS CONTROVERSÉ

L ’Afrique au Kärcher
PA R A N N E - C É C I L E R O B E RT

S

et indignation ont accueilli le discours prononcé à Dakar par le président Nicolas Sarkozy, venu présenter sa vision des rapports franco-africains, le 26 juillet dernier. Abasourdis, presse et intellectuels du continent noir reprochent au chef de l’Etat des propos d’un « autre âge ». Certains, cherchant peut-être le second degré, se demandent même s’il pense vraiment ce qu’il dit (1).
TUPEUR

l’université de Sankoré, dans l’actuel Mali, comptait vingt-cinq mille étudiants au XVIe siècle ? Sait-il que des milliers de manuscrits centenaires, trouvés notamment à Tombouctou, recèlent toute l’étendue du savoir technologique africain avant l’arrivée des Blancs ? Au nom de la « franchise que l’on doit à des amis » – M. George W. Bush et son successeur en bénéficieront-ils ? –, M. Sarkozy était surtout venu justifier une politique migratoire restrictive. S’adressant plus particulièrement à la jeunesse, celle qui, lasse d’attendre des jours meilleurs qui ne viennent jamais, est tentée par l’émigration, il a d’abord quelques phrases émouvantes. Compréhensif, il décrit le courage et la volonté qu’il faut pour quitter sa famille afin d’aller chercher du travail dans des pays lointains. Devant les regards stupéfaits, il se place ensuite sous la bannière permissive de la « sincérité » et, avec des accents qui rappellent parfois les « en vérité, je vous le dis » de la Bible, il exhorte les jeunes à « inventer [leur] avenir »... sur place. Récitant le credo libéral, il ponctue sa démonstration de « votre sort est d’abord entre vos mains », « je suis venu vous proposer de dépasser (...) [votre] souffrance », « personne ne décidera à votre place », etc. Comme si les dés n’étaient pas pipés ! Parfois, le président français devient même franchement burlesque, notamment lorsqu’il se permet quelques conseils : « Vous voulez qu’il n’y ait plus de famine ? Alors cherchez l’autosuffisance alimentaires. Alors développez les cultures vivrières. » Comme si cette idée n’avait pas effleuré les esprits africains ! Seulement, la priorité accordée à l’exportation sur les marchés mondiaux, imposée par les institutions financières internationales, la rend impraticable. Le chef de l’Etat passe aussi sous silence les responsabilités actuelles de la France : Paris oblige les pays africains à adopter des thérapies économiques qui les tuent à petit feu ; Paris soutient les régimes les plus corrompus. Au moment où M. Sarkozy se rendait au Gabon, le 27 juillet, le président Omar Bongo Ondimba, au pouvoir depuis quarante ans, faisait d’ailleurs l’objet d’une enquête judiciaire en France. Néanmoins, perdu dans ses visions hallucinées, le chef de l’Etat interpelle la jeunesse : « Ouvrezles yeux ! » sur le monde moderne. Etrange injonction, quand on pense que c’est précisément parce qu’ils voient le monde tel qu’il est, notamment l’insolente prospérité des pays du Nord, que les Africains supportent de plus en plus mal leur situation. L’information circule par la famille émigrée, par la télévision et par Internet. Même les tisserands des villages les plus reculés du nord du

Les médias français ont peu évoqué la prestation présidentielle, dont ils ont surtout retenu les passages concernant la colonisation. M. Sarkozy a, en quelques minutes, soldé l’affaire : s’il qualifie de « grande faute » cette période de l’histoire, il estime qu’elle n’est pas responsable des maux actuels du continent. Il conseille donc aux Africains de se tourner vers l’avenir. Ressasser le passé n’est, certes, pas toujours une bonne chose. Mais le représentant du pays qui a porté les coups est-il le mieux placé pour en décider, qui plus est unilatéralement ? C’est surtout l’aberrante description faite du continent qui a choqué. Invoquant la « politique des réalités », le président français décrit une Afrique qui n’existe pas et qui rappelle les visions paternalistes du XIXe siècle. Comme pour s’autoriser à débiter les stéréotypes les plus éculés et les préjugés les plus dépréciatifs, M. Sarkozy prend d’abord soin de rendre hommage aux civilisations noires, dont la « pensée et la culture » ont été fertiles pour les colonisateurs. Mais la présentation qu’il effectue ensuite du continent tourne au fantasme folklorique : il peint des civilisations tournées vers le passé, sans histoire, vivant « au rythme des saisons », où l’instinct joue un plus grand rôle que la raison, dans un monde presque exclusivement rural « où l’aventure humaine n’a pas sa place ». La « suprématie » de l’Europe s’en trouve de facto confirmée : elle représente « l’appel de la liberté, de l’émancipation et de la justice (...), l’appel à la raison et à la conscience universelles », à l’inverse d’une Afrique poursuivant des rêves « immobiles ». Cinquante ans de travaux scientifiques semblent échapper au président français, notamment ceux de l’historien sénégalais Cheikh Anta Diop (dont l’université où il prononce son discours porte le nom), mais aussi, entre autres, ceux du sociologue Georges Balandier ou de l’historienne Hélène d’AlmeidaTopor. Tous montrent la modernité des sociétés africaines et réhabilitent un passé longtemps déformé. M. Sarkozy sait-il, par exemple, qu’alors que l’Europe était encore féodale l’Afrique connaissait des royaumes « constitutionnels » dotés de contrepouvoirs, que ne désavoueraient pas les promoteurs actuels de la « bonne gouvernance ». Sait-il que

MOHAMED OUNOUH. – « Ecoutez-moi et tout ira bien » (2002-2003)

Ghana savent qu’ils ont des concurrents en Chine. Le problème des Africains n’est pas de se lancer dans l’informatique, mais, lorsqu’ils le font, de ne pas perdre la connexion Internet durant les coupures d’électricité, séquelles parmi d’autres de la vague de privatisations des années 1990.

au Sénégal, pays à peu près démocratique. Puis il est allé au Gabon, où les entreprises françaises sont choyées sous l’autorité d’un président Bongo qui connaît tout (trop ?) sur le village françafricain. Cherchant sans doute une fin lyrique, M. Sarkozy a proposé une alliance France-Afrique contre... les excès de la mondialisation libérale. Pour faire avaler cette improbable pilule altermondialiste, il a exhumé le vieux projet d’« Eurafrique », cher à Gaston Defferre et à Léopold Sédar Senghor du temps de la colonisation. L’Europe, la France et l’Afrique unies pour doter la globalisation de règles ? Cette stratégie nécessaire serait plus crédible si les partenaires étaient égaux et si, depuis vingt-cinq ans, l’Europe et la France ne s’étaient pas soumises au libéralisme mondialisé, dont elles sont devenues les promotrices zélées. Comme à son habitude, M. Sarkozy a tenu, sous la bannière du changement, des propos justifiant l’ordre établi. La rupture annoncée par le président français réside surtout dans le style de ses propos qui renouvelle assurément le langage diplomatique ! Peut-être, comme le suggèrent certains observateurs sénégalais (3), cela ouvrira-t-il les yeux de ceux qu’il faut encore convaincre, en Afrique, de la vraie nature de la mondialisation économique et des rapports Nord-Sud.
(1) Cf. la critique du politologue camerounais Achille Mbembé, www.africultures.com/index.asp?menu=affiche_article&no=6819 (2) Cf. « Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy », Libération, Paris, 10 août 2007. (3) Cf. Boubacar Boris Diop, « Le discours inacceptable de Nicolas Sarkozy », Le Quotidien, Dakar, 11 août 2007.

DR

P

OURTANT, malgré une réputation plus que mitigée en Afrique – les images de l’ancien ministre de l’intérieur, drapé dans ses certitudes policières sur fond de banlieues qui brûlent, ont fait le tour du continent –, M. Sarkozy était attendu avec un certain intérêt. Durant la campagne présidentielle, n’avait-il pas déclaré vouloir en finir avec la « Françafrique » ? Symboliquement, il devait se rendre au Ghana et en Afrique du Sud plutôt que dans la zone francophone. Les Africains, en particulier les jeunes, sont las des promesses non tenues (qui se souvient, en France, qu’on dansait dans les rues d’Afrique de l’Ouest, le 10 mai 1981, parce qu’on pensait que la « Françafrique » était terminée ?). Ils attendent avec impatience que la France cesse d’entretenir des relations avec les « fossoyeurs de [leurs] espérances (2) » et dialogue avec des interlocuteurs vraiment représentatifs d’un continent en profonde mutation.

Et le temps presse. L’image de la France est ternie par le génocide rwandais et les humiliations d’une politique d’immigration bêtement restrictive ; les entreprises nationales subissent la concurrence chinoise et américaine ; les vieux amis dictateurs commencent à mourir... Mais peutêtre M. Sarkozy a-t-il trop d’amis parmi les patrons pour ne pas prolonger encore un peu un système si juteux. Il s’est donc finalement rendu

SOMMAIRE
PAGE 2 : 1962, les derniers jours de l’Algérie française, par TAHAR BEN JELLOUN. – Courrier des lecteurs.

Septembre 2007
PAGES 20 ET 21 : Max Havelaar ou les ambiguïtés du commerce équitable, par CHRISTIAN JACQUIAU. PAGES 22 ET 23 : SPORT : « L’Equipe », l’épique et l’éthique, par JOHANN HARSCOËT. PAGES 24 ET 25 : EN DÉBAT : Arrière-pensées des discours sur la « victimisation », par MONA CHOLLET. PAGES 26 ET 27 : Israël, l’antisémitisme et l’ex-président James Carter, par MARIANO AGUIRRE. – Itzhak Rabin dans ses contradictions, par JOSEPH ALGAZY. PAGES 28 ET 29 : LIVRES DU MOIS : « Comme tous les après-midi », de Zoyâ Pirzâd, par VIOLAINE RIPOLL. – « La Prairie parfumée », de Mahmoud Wardany, par BLANCHE CAUSSANEL. – Kinshasa, ville-pays, par JEAN-CHRISTOPHE SERVANT. PAGE 30 : Deux cinéastes en correspondance, par ALAIN BERGALA. – Si un enfant ne peut nous comprendre, par ABBAS KIAROSTAMI (propos recueillis par Marianne Khalili-Roméo). – On ne choisit pas d’être artiste, par VÍCTOR ERICE. PAGE 31 : SUPPLÉMENT : L’Ethiopie célèbre son (double) millénaire, par BAHRU ZEWDE.
Le Monde diplomatique du mois d’août 2007 a été tiré à 257 500 exemplaires. A ce numéro sont joints trois encarts, destinés aux abonnés : « Télérama », « Encyclopædia Britannica » et « Agir pour l’environnement ».

CENTRE D’ETUDES DIPLOMATIQUES ET STRATEGIQUES
Organisme doté du Statut Consultatif auprès du Conseil Economique et Social des Nations Unies

PAGE 3 : Contes et légendes de l’argent du terrorisme, par IBRAHIM WARDE. PAGES 4 ET 5 : Début de guerre froide sur la banquise, par DOMINIQUE KOPP. – Vénus aux pôles (D. K.). PAGES 6 À 8 : DOSSIER UNIVERSITÉS : Passé et passif de l’enseignement supérieur américain, par CHRISTOPHER NEWFIELD. – « Diversité » contre égalité ?, par SERGE HALIMI. – Faut-il coter les facultés européennes ?, par CHRISTOPHE CHARLE. PAGES 10 ET 11 : Quand la finance prend le monde en otage, suite de l’article de FRÉDÉRIC LORDON. PAGE 12 : Macao entre jeux et insoumission, par ANY BOURRIER. PAGES 14 ET 15 : Tous les Guatémaltèques ne sont pas chefs d’entreprise, par RENAUD LAMBERT. PAGES 16 ET 17 : A bord du « Marrakech Express », les Marocains rentrent au pays, par PIERRE DAUM ET AUREL. PAGES 18 ET 19 : Paris brade le coton subsaharien, par OLIVIER PIOT.

CYCLE D’ENSEIGNEMENT DIPLOMATIQUE SUPÉRIEUR
de Novembre 2007 à Juin 2008
Réservé aux diplomates, aux fonctionnaires internationaux, aux membres du corps consulaire, aux officiers et aux cadres supérieurs. Cycle de conférences et de séminaires (mardi matin et mercredi après-midi) et des voyages d’études sanctionné par un Mastère d’Etudes Diplomatiques Supérieures.
RENSEIGNEMENTS :
à L’ECOLE DES HAUTES ETUDES INTERNATIONALES
Membre de l’« Academic Council on the United Nations System » (ACUNS)

Etablissement libre d’enseignement supérieur fondé en 1899 54, avenue Marceau - 75008 PARIS Tél. : 33(1)47.20.57.47 - Télécopie : 33(1)47.20.57.30

e-mail : ceds2@wanadoo.fr - Site internet : www.ceds-fr.com