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DOSSIER OTAN : LES ÉTATS-UNIS SONT-ILS UNE MENACE POUR L’EUROPE ? – pages 16 à 19

Autoritarisme moderne des régimes arabes par HichamBen Abdallah El Alaoui – pages 10 et 11

L’Université féodale de demain par Pierre Jourde – page 4

diplomatique

MONDE

M ONDE diplomatique diplomatique

Avril 2008-55 e année-N° 649

Publication mensuelle-1, avenue Stephen-Pichon, 75013 Paris-www.monde-diplomatique.fr

28 pages-4,50 €

Protectionnisme

GALERIE LELONG, P ARIS

KONRAD KLAPHECK. – «Le Méchant Voisin» (1991)

CHACUNSAVAIT que le jour où les Etats-Unis affronteraient simultanément une récession et un déficit commercial abyssal, la doctrine du libre-échange serait remise en cause par son avocat le plus influent. L’achat par l’armée américaine de cent soixante-dix-neuf avions ravitailleurs partiellement fabriqués par European Aeronautic Defence and Space (EADS) ne contredit aucunement la tendance de fond. Car, dans ce contrat de 35milliards de dollars (23milliards d’euros), les intérêts nationaux américains ont été très chèrement défendus. L’avion «européen», équipé d’un moteur General Electric et produit en partenariat avec la société américaine Northtrop Grumman, sera assemblé en Alabama. Au point que plus de la moitié de sa valeur ajoutée proviendra des Etats-Unis. Une part appréciable du matériel concurrent, celui de Boeing – qui était à la fois moins rapidement disponible, d’une capacité de ravitaillement plus limitée et incapable d’opérer sur un rayon d’action aussi long –, aurait été fabriquée ailleurs...

Il n’y a en vérité que les pages éditoriales des quotidiens de référence ou des journaux d’affaires pour assimiler à un acte impie la défense acharnée des entreprises nationales et de leurs salariés. L’histoire économique est en effet là pour rappeler que la plupart des pays développés ne le sont devenus que grâce à des barrières commerciales. Ni le Royaume-Uni, ni la France, ni la Corée, ni le Japon, ni la Prusse n’ont acquis leur puissance industrielle en respectant la «loi » des avantages comparatifs de David Ricardo. Du XIX e siècle au début du XX e , l’économie américaine a connu le taux de croissance le plus élevé du monde avec des tarifs douaniers qui tutoyaient les 50% (44% en 1913). Plus tard, tout en tonnant contre le protectionnisme, Ronald Reagan limita les importations aux Etats-Unis d’automobiles et d’acier, de sucre et de textiles; son administration multiplia par onze les droits de douane sur l’importation des grosses cylindrées afin de secourir la firme Harley-Davidson. Et elle n’a cessé de faire pression sur le Japon pour qu’il réévalue sa monnaie – un peu comme M. George W. Bush implore à présent la Chine d’en faire autant (1).

AUDEMEURANT , l’actuelle politique monétaire de la Réserve fédérale, tacitement agréée par la Maison Blanche, comporte d’évidentes implications commerciales, même si elles s’expriment par des moyens plus subtils que le protectionnisme : un dollar plus bas favorise les exportations américaines, ce qui amortira aux Etats-Unis les effets de la récession en cours. Car il n’y a guère que dans l’Union européenne que la politique des taux d’intérêt de la Banque centrale, élevés dans le cas d’espèce, peut menacer avec autant de désinvolture des fleurons industriels édifiés à grand renfort d’argent public. Résultat : pour se défendre de la réévaluation de l’euro, meurtrière pour eux, des groupes comme EADS délocalisent à présent leurs activités vers la zone dollar (2)…

Mais le choix du Pentagone comporte un élément supplémentaire, celui des contreparties politiques et stratégiques. Quel prix l’Europe a-t-elle dû acquitter pour décrocher l’insigne privilège de ravitailler des avions américains avec des appareils en partie fabriqués aux Etats-Unis, grâce à la politique des taux bas de la Réserve fédérale? Lors de l’annonce de la décision favorable à EADS, le parlementaire démocrate John Murtha a aussitôt reproché aux Européens… d’être trop peu présents sur le front afghan. Or, par le fait d’une singulière coïncidence, le président Nicolas Sarkozy s’apprête à y dépêcher mille soldats français supplémentaires. Mieux, justifiant son hymen diplomatique avec Washington, il a précisé: «Peut-on penser une minute que le contrat qu’a gagné EADS pour les avions ravitailleurs aurait été signé dans le climat de tension qu’on a connu entre la France et les Etats-Unis?(3)» Rien à dire: la décision du Pentagone constitue bien une somptueuse leçon de libre-échange...

S ERGE H ALIMI .

(1) Pour réduire leur déficit commercial, les Etats-Unis n’ont cessé de demander à la Chine de réévaluer le yuan. Mais il a progressé de 10% depuis janvier 2007, sans que le déficit commercial sino-américain se réduise de façon significative.

(2) Interrogé à ce propos, le premier ministre français, M.François Fillon, a réagi: «La France et l’Allemagne ont lourdement investi dans Airbus, ce n’est pas pour le voir partir par morceaux vers la zone dollar. L’Etat actionnaire fera tout pour dissuader Airbus de délocaliser sa production. » (Les Echos, Paris, 10 décembre 2007.) (3) Entretien avec Le Figaro, Paris, 6mars 2008.

L IRE LE SOMMAIRE PAGE 28

Afrique CFA: 1 800FCFA, Algérie: 140DA, Allemagne: 4,80€, AntillesGuyane: 4,95€, Autriche: 4,80€, Belgique: 4,80€, Canada: 6,25$C, Espagne: 4,80€, Etats-Unis: 6,50$US, Grande-Bretagne: 3,25£, Grèce: 4,80€, Hongrie: 1450 HUF, Irlande: 4,80€, Italie: 4,80€, Luxembourg: 4,80€, Maroc: 25DH, Pays-Bas: 4,80€, Portugal (Cont.): 4,80€, Réunion: 4,95€, Suisse:7,80FS, TOM:680CFP, Tunisie:4,8DT.

D ÉPASSERLESCLIVAGESRACIAUX

L’audacieux pari de Barack Obama

La diffusion d’un sermon de l’ancien conseiller spirituel de M. Barack Obama, le pasteur Jeremiah Wright, dénonçant le racisme des Blancs et jugeant que les Etats-Unis étaient partiellement responsables des attentats du 11 septembre 2001, a embarrassé le candidat démocrate le plus susceptible d’affronter le républicain John McCain, le 4 novembre prochain. Dans un discours prononcé le 18 mars dernier, le sénateur de l’Illinois a cherché à replacer les propos de M. Wright, qu’il a condamnés très fermement, dans le contexte plus général des relations interraciales aux Etats-Unis, un cycle de violence et d’amertume lié à une longue histoire de ségrégations. Si ce

discours, très éloquent, a été accueilli avec enthousiasme par nombre de commentateurs, ses effets politiques (et électoraux) ne sont pas encore clairs. Jusqu’ici, M. Obama évitait d’être perçu comme le porte-parole des 12 % de Noirs américains et l’interprète, fût-il critique, de leurs colères. Il avait d’ailleurs remporté de bons résultats dans des Etats qui ne comptent qu’une faible proportion de Noirs (Iowa, Vermont, Kansas). La crise économique et financière qui frappe les Etats-Unis de plein fouet offrira à M. Obama l’occasion de tester, lors des dernières élections primaires, les avantages et les limites du discours universaliste qui a caractérisé sa campagne.

P AR J OHN G ERRING ET J OSHUA Y ESNOWITZ *

AUTANT que de la campagne électorale classique, la candidature de M. Barack Obama tient du mouvement politique, comme en témoignent la foule électrisée qui se presse à ses meetings, les dizaines de volontaires qui l’assistent et plus d’un million de petits donateurs. Ce mouvement a mobilisé quantité de nouveaux votants dans le processus de désignation, en particulier des jeunes et des «indépendants» (1). Conséquence d’un tel engouement et de la lutte serrée pour l’investiture du parti, la participation aux primaires et aux caucus (comités électoraux) démocrates a atteint des records historiques dans tout le pays (2).

Et pourtant, les opinions divergent sur ce que représente la candidature de M. Obama. Pour ses partisans, il incarne, dans la politique américaine, une force fondamentalement nouvelle qui s’élève au-dessus de l’esprit de parti et enjoint aux Américains de tourner le dos à l’impasse du huis clos politicien de Washington. Pour ses opposants au sein du Parti démocrate, qui soutiennent la candidature de sa rivale, la sénatrice de New York Hillary Clinton, l’homme n’est que grandiloquence. De surcroît, il est trop jeune et manque d’expérience. Quant aux républicains, ils jugent M.Obama séduisant, mais sans surprise; ce serait un progressiste de la vieille école avant tout soucieux de redistribuer les revenus par l’impôt, guère différent de ceux qui l’ont précédé.

Chacun de ces points de vue comporte une part de vérité. La nouveauté de l’homme, sa fraîcheur et son parcours personnel ont amplement fourni aux commentateurs de quoi se mettre sous la dent. Né d’un père originaire du Kenya et d’une mère venant du Kansas, M. Obama a grandi à Hawaï, où ses parents se sont

* John Gerring est professeur de science politique à l’université de Boston (Massachusetts, Etats-Unis) et auteur de Party Ideologies in America, 1828-1996, Cambridge University Press, New York, 2001. Joshua Yesnowitz est doctorant à l’université de Boston.

Manière de voir n° 98

1948-2008. HISTOIRES D’ISRAËL

100 pages, 7 €

En vente dans les kiosques.

connus, et en Indonésie, où sa mère partit poursuivre ses recherches dans le cadre de son doctorat en anthropologie (et où elle se remaria, le dotant d’un beau-père indonésien). Il fit ses études supérieures en Californie (Collège occidental) et à New York (Columbia), puis travailla comme militant associatif dans les quartiers noirs de Chicago avant d’obtenir son diplôme de droit dans le Massachusetts (Harvard). Ainsi, M. Obama apparaît comme un palimpseste sur lequel le monde a superposé de nombreux sujets.

C’est un messager, mais non un architecte du Parti démocrate moderne. Nouveautés mises à part, sa candidature reprend toute une série de thèmes démocrates devenus traditionnels. De la fin du XIX e siècle au milieu du XX e , le Parti démocrate s’est défini par son opposition à la concentration du pouvoir et de l’argent dans la société américaine. Les candidats démocrates à la présidence – dont William Jennings Bryan (1896, 1900, 1908), Thomas Woodrow Wilson (1912, 1916), Franklin Delano Roosevelt (de 1932 à 1944) et Harry S.Truman (1948)–

ont fait campagne pour le «peuple» et contre les «groupes d’intérêt ». Leur vision plébiscitaire du pouvoir politique attendait des «gens ordinaires» qu’ils se gouvernent directement (ou le plus directement possible) et tenait les lobbys financiers pour corrompus et cupides. Ils fulminaient contre la concentration du pouvoir par les capitalistes, désignés comme les «trusts » ou les «grandes entreprises». Opposés aux privilèges des élites, les démocrates se voulaient les champions de l’homme ordinaire – sup

(1) C’est-à-dire des citoyens choisissant de n’être af filiés à aucun des deux grands partis au moment où ils s’inscrivent sur les listes électorales. La question de leur inclination politique leur est en effet alors posée afin de déterminer la primaire à laquelle ils pourront participer. Car, dans nombre d’Etats, un électeur inscrit comme démocrate, ou comme républicain, ne peut pas participer à une autre primaire que celle de «son» parti. Lors de l’élection générale, chaque électeur reste naturellement libre de voter pour le candidat du parti adverse.

(2) Pour des données concernant les groupes démographiques et la participation électorale (mises à jour durant le calendrier des primaires), cf. The United States Election Project, http://elections. gmu.edu

(Lire la suite page 12.)

Croisièreculturelle Méditerranée, nouveaucentredumonde?

Du17au28octobre2008

enpartenariatavecl’IRIS InstitutdeRelationsInternationalesetStratégiques AvecPascalBoniface,SaadKhiari,FabioLibertietBarahMikaïl

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