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POURQUOI LE RWANDA ACCUSE PARIS – pages 6 et 7
Pinochet sans peine ni gloire par Luis Sepúlveda (Page 17.)
Main basse sur les villes par François Ruffin (Pages 14 et 15.)
diplomatique
MONDE
Janvier 2007 - 54 e année - N o 634
M ONDE diplomatique diplomatique
Publication mensuelle - 1, avenue Stephen-Pichon, 75013 Paris - www.monde-diplomatique.fr
28 pages - 4 €
Menaces sur l’information
P AR I GNACIO R AMONET
LAPRESSEÉCRITE traverse la pire crise de son histoire. Non seulement en France mais presque partout dans le monde, des journaux, y compris Le Monde diplomatique, sont confrontés depuis trois ans à une baisse régulière de leur lectorat. Celle-ci fragilise leur équilibre économique, met en péril leur survie et pourrait donc, à terme, menacer la pluralité des opinions dans nos démocraties.
Les difficultés que vient de connaître, par exemple, en France, le quotidien Libérationsont symptomatiques d’un état général alarmant de la presse. Autant qu’on puisse les déterminer, quelles en seraient les causes principales?
D’abord, l’irruption des «gratuits». Une appellation qui constitue une escroquerie, car des lecteurs croient que l’information se fabrique sans coûts alors que, dans le cas des «gratuits», ils la paient sous forme de taxe publicitaire invisible incorporée au prix de chacun des produits de consommation qu’ils achètent. En quelques années, ces journaux se sont hissés aux premiers rangs de la liste des plus diffusés. Avec plusieurs conséquences: beaucoup de personnes ont cessé d’acheter les quotidiens payants; et les annonceurs ont commencé à se reporter sur les «gratuits». Or les ventes en kiosque et la publicité constituent deux des principales ressources d’un journal, la troisième étant les abonnements.
D’autre part, Internet, qui chamboule la totalité des pratiques culturelles (musique, édition, cinéma, télévision), et n’épargne pas le champ de la communication. Il est significatif que le récent lancement de la nouvelle chaîne internationale d’informations, France 24, ait été effectué sur la Toile, et seulement le lendemain sur le câble et le satellite. Le nombre de personnes connectées à Internet pour y puiser des informations ne cesse d’augmenter(1). Certaines ont, du coup, cessé d’acheter des journaux. Elles aussi – comme les lecteurs de «gratuits» – désertent donc les kiosques. Ce qui contribue à la diminution du nombre de ceux-ci (2) et accentue mécaniquement le recul de la diffusion payante de tous les titres, quelle que soit leur périodicité.
Internet fascine par le grand nombre de sites gratuits disponibles, par la possibilité aussi d’y créer son propre moyen d’expression personnel (le blog), et par la facilité à échanger des opinions sur tous les sujets. Une telle avancée, indéniable, en matière de liberté doit être pondérée par au moins deux considérations. D’abord celle-ci, troublante: la plupart des collectifs qui, par le biais d’Internet, se sont lancés, à corps perdu, avec un souci de démocratie participative, dans des discussions et des débats internes de forte intensité se sont souvent retrouvés littéralement atomisés, fractionnés, au bord de l’impuissance ou de l’autodestruction.
ENSUITE , CECONSTAT du chercheur américain Eric Klinenberg (lire son article pages 22 et 23): «Internet a longtemps été caractérisé par le nombre illimité de ses nouveaux sites exprimant la diversité des opinions politiques d’un bout à l’autre du spectre. Mais, désormais, les sites les plus populaires sont contrôlés par les groupes de médias les plus puissants.»Cela signifie que, comme toujours dans l’histoire des communications, quand un nouveau média apparaît – des gazettes du XVIII e siècle aux «radios libres» des années1970 et à Internet aujourd’hui –, il donne d’abord l’impression d’élargir le périmètre de la liberté d’expression avant d’être repris en main par les puissances d’argent. Et normalisé. Déjà, les profils de lecteur déterminés par l’usage d’un moteur de recherche sont vendus à des marchands désireux de mieux cibler leurs consommateurs potentiels...
En France, la propriété des grands médias est concentrée entre les mains de quelques groupes industriels et financiers, dont deux fabricants d’armes: Lagardère (via Hachette) et Dassault (via la Socpresse). Ce constat préoccupant doit conduire les citoyens à se mobiliser et à soutenir, en riposte, la presse indépendante dont fait partie Le Monde diplomatique.
ANTONI TÀPIES.– «Traces de doigts sur journal» (1975)
FUNDACIÓ ANTONI T ÀPIES
Rappelons que notre journal appartient, pour moitié (51%), au groupe Le Monde et, pour l’autre moitié (49%), à ses lecteurs et à l’équipe qui le réalise. Cette seconde caractéristique en fait un cas presque unique dans la presse non seulement française, mais internationale. Et constitue une garantie de totale indépendance vis-à-vis de tous les pouvoirs, politiques, médiatiques ou financiers. Fortement appréciée à l’étranger, cette singularité a d’ailleurs favorisé l’expansion de nos éditions internationales, aujourd’hui au nombre d’une soixantaine, en plus de trente langues (3). Un cas, là encore, unique dans la presse mondiale, mais qui n’a pas empêché la baisse du nombre de nos acheteurs en France, nombre dont dépend l’équilibre financier du journal.
POUR MENER CETTE BATAILLE MÉDIATIQUE , Le Monde diplomatique compte avant tout sur la solidarité de ses lecteurs et sur celle de l’association Les Amis du Monde diplomatique (lire page23). Et prend, dès le prochain numéro, plusieurs initiatives afin de bien marquer le départ de cette nouvelle étape. D’abord, tout en restant plus que jamais fidèle à un journalisme du respect des faits, le contenu rédactionnel va intégrer des innovations thématiques et des rubriques nouvelles. L’ensemble de la maquette fera l’objet d’un toilettage, et la «une» sera modifiée. Il ne s’agit pas d’une «nouvelle formule», comme la presse en a abusé ces derniers temps, mais d’un signal de mise en mouvement et de mobilisation que notre rédaction adresse à tous ses lecteurs.
Dans nos colonnes, par décision de la rédaction, la part de la publicité restera limitée à 5% de notre chiffre d’affaires. Un niveau très bas si on le compare à la plupart des autres titres (plus de 50 %, en moyenne). En revanche, le prix –inchangé depuis cinq ans – sera modifié; il passe dès le mois prochain à 4,50 euros. Toutefois, le montant des abonnements annuel (40 euros) et biennal (73 euros) demeurera inchangé durant quelques mois.
S’abonner, au moment où nous livrons une guerre médiatique asymétrique face aux géants de la communication, constitue à la fois un acte de résistance et la meilleure façon de nous manifester votre soutien. C’est aussi un engagement en faveur de la presse libre, de la pluralité des idées et du journalisme réellement indépendant. C’est enfin la riposte la plus efficace contre la menace de l’information unique.
(1) Cela vaut aussi pour notre site (www.monde-diplomatique.fr), dont la maquette vient d’être entièrement refaite et l’offre de textes en consultation gratuite encore enrichie.
(2) En quelques années, le nombre de points de vente en France a chuté de trente-six mille à vingt-huit mille.
(3) Lire Dominique Vidal, «L’Internationale du “Diplo”», Le Monde diplomatique, novembre 2006.
D ÉSIRDEPUISSANCE
L’Inde reprend son rang
Pour la première fois, les Etats-Unis vont participer au Salon de l’aéronautique et de la défense, en Inde, le mois prochain. Cette décision découle directement de l’accord sur le nucléaire, conclu en 2006 entre les deux pays, qui tranche résolument avec la doctrine de non-prolifération. Washington espère bénéficier des commandes militaires indiennes, en forte hausse, et faire de New Delhi un contrepoids à Pékin dans une Asie en pleine ébullition. Le « triangle Chine - Inde Amérique du Nord », « triangle CIA », comme disent ses détracteurs, n’est pas dessiné d’avance. Il faudra jouer avec le Japon mais aussi avec la Russie, dans une région qui accumule les armements.
P AR NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE M ARTINE B ULARD
INCLINANT doucement la tête, comme le font souvent les Indiens quand ils parlent, M. Amit Raina, jeune étudiant dans l’une des plus prestigieuses universités du pays, la Jawaharlal Nehru University (JNU) à New Delhi, est formel : «Un éléphant peut courir très vite. »Parmi les étudiants rassemblés autour de lui, pas un seul ne conteste cette affirmation. Tous sont certains que l’Inde, à plus ou moins brève échéance, va retrouver son rang dans les affaires du monde. Au point de devancer le dragon chinois? Sur cette question, les jeunes sont plus divisés. Mais les rêves de puissance sont dans toutes les têtes.
Il fut un temps, il est vrai, où la civilisation indienne rayonnait dans l’ensemble
de l’Asie. Un temps où l’Inde, à égalité ou presque avec la Chine, se situait au tout premier rang mondial, totalisant 22,6% du revenu de la planète (1). C’était en 1700. Un peu plus d’un siècle après, en 1820, sa part s’était déjà réduite à 15,7%, deux fois moins que son puissant voisin, qui finira par la rejoindre dans la chute. Au point qu’en 1980 l’Inde (avec 3,4% du revenu mondial) et la Chine (avec 5%) se sont retrouvées marginalisées. Depuis, cette dernière a fait la preuve qu’un pays peut redémarrer. Et New Delhi, resté à la traîne, entend rattraper son retard au plus vite.
(Lire la suite page 20.)
(1) Angus Maddison, «L’Economie chinoise, une perspective historique», Etudes de l’OCDE, Paris, 1998.
Manière de voir n°90
100 pages,7 €
AMÉRIQUE LATINE REBELLE
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