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CHANGER DE PRÉSIDENT OU CHANGER DE CONSTITUTION ? – pages 24 et 25

Enquête sur les massacres au Darfour par Gérard Prunier – pages 16 et 17

Inde,une littérature de contestation par Tirthankar Chanda – pages 22 et 23

diplomatique

MONDE

M ONDE diplomatique diplomatique

Mars 2007 - 54 e année - N o 636

Publication mensuelle - 1, avenue Stephen-Pichon, 75013 Paris - www.monde-diplomatique.fr

32 pages - 4,50 €

CIA,vols secrets

JUAN MARTÍNEZ.– Sans titre (2006)

INDÉCENCE ? C YNISME ? P ERVERSION ? Comment qualifier l’attitude des gouvernements européens surpris en flagrant délit de complicité avec des services étrangers dans l’enlèvement clandestin de dizaines de suspects traînés vers des prisons secrètes et livrés à la torture? Peut-on imaginer plus flagrante violation des droits de la personne humaine?

Deux événements récents témoignent de la schizophrénie ambiante. D’abord, le 7février dernier à Paris, la signature solennelle par la plupart des gouvernements européens de la convention de l’Organisation des Nations unies (ONU) contre les «disparitions forcées» (1), qui criminalise l’usage des prisons secrètes. Puis, le 14février, au Parlement européen de Strasbourg,l’adoption d’un rapport (2)qui accuse ces mêmes gouvernements de complicité avec la Central Intelligence Agency (CIA) américaine dans des opérations d’enlèvements clandestins.

Selon ce rapport, entre2001 et 2005, les avions de la CIA auraient fait pas moins de mille deux cent quarante-cinq escales dans des aéroports européens, avec souvent à leur bord des suspects victimes de «disparitions forcées» acheminés clandestinement vers le bagne illégal de Guantánamo ou vers des prisons de pays complices (Egypte,Maroc) où la torture se pratique habituellement.Il est désormais évident que les gouvernements européens n’ignoraient rien de la nature criminelle de ces vols secrets.Certains d’entre eux ne se sont d’ailleurs pas contentés de fermer les yeux. Ainsi,la Pologne et la Roumanie sont particulièrement suspectées d’avoir aménagé sur leur sol de «petits Guantánamo» où étaient incarcérées, en attendant leur transfert définitif, des personnes enlevées au Pakistan,en Afghanistan ou ailleurs.

Le gouvernement britannique est soupçonné d’avoir participé à l’enlèvement de suspects et à leur mauvais traitement. De même que les gouvernements suédois et autrichien. Quant aux autorités allemandes, elles sont accusées, entre autres, de «ne pas avoir ignoré» l’enlèvement d’un de leurs ressortissants,d’origine libanaise,M.Khaled Al-Masri,transféré en Afghanistan. Les services secrets italiens sont, eux aussi, accusés d’avoir aidé des agents de la CIA à enlever clandestinement, à Milan, l’imam Hassan Moustapha Ossama Nasr,dit «Abou Omar»,transféré en Egypte,où il aurait été torturé et violé (3).

CETTE MASSIVEVIOLATIONDES DROITS HUMAINS n’a pu se faire sans que les services du haut représentant pour la politique étrangère de l’Union européenne, M. Javier Solana, ainsi que ceux de son collaborateur, le coordinateur européen de la lutte antiterroriste,M.Gijs de Vries,en aient eu connaissance.M.de Vries,en un geste éloquent,a choisi de démissionner: «Les Etats démocratiques , a-t-il averti, doivent mener leur combat antiterroriste dans le cadre du respect des lois (...). L’accumulation des mauvais traitements d’Abou Ghraib, des abus de Guantánamo et des enlèvements de la CIA a miné la crédibilité des Etats-Unis et de l’Europe (4) . »

Tous ceux, dirigeants ou exécutants, qui ont participé à ces enlèvements doivent craindre la justice. Et méditer sur le destin de M me María Estela Martínez, dite «Isabelita Perón»,ancienne présidente de l’Argentine,pays où,au nom de l’antiterrorisme,les autorités pratiquèrent massivement les enlèvements politiques. Elle vient d’être arrêtée à Madrid,accusée de la «disparition forcée» d’un étudiant,Héctor Faguetti,en février1976, il y a donc trente et un ans...La justice est lente,mais elle doit être inexorable.

I GNACIO R AMONET .

(1) Une soixantaine de pays – dont le Chili, l’Argentine et l’Uruguay, mais pas les Etats-Unis – l’ont signée. Au moins vingt Etats devront ratifier la convention pour qu’elle entre en vigueur.

(2) www.europarl.europa.eu

(3) Un tribunal de Milan a entamé, le 16février dernier, une procédure judiciaire contre vingt-six agents américains de la CIA et plusieurs membres des services secrets italiens accusés d’avoir organisé en février2003 la «disparition forcée» de l’imam Abou Omar.

(4) El País, Madrid, 17février 2007.

L IRE LE SOMMAIRE PAGE 32

Afrique CFA:1 800FCFA, Algérie:140DA, Allemagne:4,80 € , AntillesGuyane: 4,95 € , Autriche: 4,80 € , Belgique: 4,80 € , Canada: 6,25$C, Espagne:4,80 € , Etats-Unis:6,00$US, Grande-Bretagne: 3,25£, Grèce: 4,80 € , Hongrie: 1 450 HUF, Irlande: 4,80 € , Italie: 4,80 € , Luxembourg:4,80 € , Maroc:25DH, Pays-Bas:4,80 € , Portugal (Cont.): 4,80 € , Réunion:4,95 € , Suisse:7,80FS, TOM:680CFP, Tunisie:4,8DT.

V ENEZUELA , R USSIE , C HINE ...

Les Etats s’emparent de l’arme pétrolière

Un récent rapport du cabinet d’études Wood Mackenzie (Edimbourg) indique qu’à l’avenir il sera nécessaire d’investir massivement dans l’extraction d’un pétrole difficile d’accès, avec tout ce que cela peut signifier en termes de dégâts écologiques. Le texte confirme, après tant d’autres, la raréfaction des ressources pétrolières. Désormais, la lutte s’aiguise entre les compagnies internationales, les compagnies nationales et les Etats pour l’accès à l’or noir. Au profit de ces deux derniers protagonistes. Ainsi, le Venezuela renégocie les conces

sions accordées aux majors et les somme d’entrer dans des sociétés mixtes où l’Etat est majoritaire. La Russie reprend le contrôle de son secteur gazier, bradé aux intérêts privés dans les années 1980, et redevient actionnaire majoritaire de Gazprom. De leur côté, la Chine et dans une moindre mesure l’Inde, de plus en plus actives sur le marché pétrolier, n’hésitent pas à nouer des relations directes avec les Etats d’Afrique ou du Proche-Orient.Après une éclipse de deux décennies, on assiste à un retour en force de la puissance publique.

P AR J EAN -P IERRE S ÉRÉNI *

LE 4 DÉCEMBRE 2006, Petrochina, le premier pétrolier chinois, coté à Hongkong et à Wall Street, a dépassé Shell, devenant la sixième capitalisation boursière mondiale. Cette compagnie n’est pourtant que la filiale d’une importante société d’Etat, la China National Petroleum Corporation (CNPC), et deux autres compagnies chinoises la talonnent, la China Petroleum & Chemical Corporation (Sinopec) et la Chinese National Off-Shore Oil Company (Cnooc). En 1999, ces sociétés opéraient au Venezuela, au Soudan, en Azerbaïdjan, au Kazakhstan, en Birmanie et en Indonésie; elles s’activent désormais dans une quarantaine de pays.

La Chine et l’Inde, d’où est venu le gros de la demande supplémentaire d’hydrocarbures durant ces trois dernières années, tentent de coordonner leur expansion à l’extérieur de leur territoire pour que leurs compagnies chassent en meute. Ce n’est qu’un signe parmi d’autres du bouleversement en cours dans l’industrie pétrolière mondiale, caché par le yo-yo incessant des cours de l’or noir qui excite les spéculateurs, déprime les automobilistes et affole les consommateurs des deux hémisphères.

Une poignée d’acteurs opèrent au début de la chaîne, dans l’exploration et la production, à travers toute la planète, et se partagent les réserves mondiales depétrole et de gaz. Avec un rapport de forces en plein bouleversement entre les dominants d’hier, les majors surtout anglo-saxonnes, qui ne sont plus que cinq (ExxonMobil, Royal Dutch Shell, BP, Total, Chevron) à contrôler à peine 9% des gisements, et les nouveaux titans du brut que sont les compagnies pétrolières nationales (CPN) des pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) (cf. encadré page 19). Dix d’entre elles disposent de la majorité des réserves (53 %) et se savent désormais

* Journaliste, auteur de l’ouvrage Les Emirs de la République. L’aventure du pétrole tricolore (en collaboration avec Pierre Péan), Seuil, Paris, 1982.

incontournables. Derrière, loin derrière, d’autres CPN exploitent 16 % des réserves. Beaucoup sont les bras armés d’Etats comme la Chine, l’Inde, le Brésil ou la Malaisie dont les besoins explosent au rythme exceptionnel de leur croissance économique.

Enfin, il y a les indépendants, en général des compagnies privées, souvent mais pas exclusivement occidentales, de taille plus modeste que les majors ou les CPN, qui règnent sur le cinquième des réserves mondiales d’hydrocarbures.

En dehors des dix de l’OPEP(1), les trois autres acteurs puisent dans leurs réserves, dont ils sont propriétaires, qui diminuent inexorablement, et voient l’avenir avec inquiétude. L’écart est préoccupant d’abord pour les indépendants (34 % de la production mondiale, contre seulement 22 % des réserves), mais aussi pour les CPN qui n’appartiennent pas à l’OPEP (25 %, contre 16%) et pour les majors (13 %, contre 9%).

Trois acteurs sur quatre se trouvent donc dans la position très inconfortable

de pomper chaque jour plus d’hydrocarbures qu’ils n’en acquièrent par leurs découvertes ou des rachats de gisements à d’autres compagnies. Dans le jargon des pétroliers, on dit de manière expressive qu’ils sont «déficitaires», faute de pouvoir reconstituer leurs réserves. S’ils n’accèdent pas à de nouveaux gisements assez rapidement, leur avenir même est en jeu, surtout pour ceux qui sont cotés en Bourse, et dont les cours peuvent plonger encore plus vite que leurs réserves, les exposant en permanence à l’offre publique d’achat (OPA) sauvage d’un concurrent. D’où des «bavures» dans l’évaluation de réserves qu’on tend volontiers à surestimer. Shell a dû reconnaître en 2004 avoir «truqué» les siennes à la hausse (+ 20 %!) pour faire meilleure figure auprès de ses actionnaires.

(Lire la suite page 18.)

(1) Les statistiques citées portent sur dix des douze membres de l’OPEP. Elles n’englobent ni l’Irak ni l’Angola, qui n’a adhéré qu’au début de cette année.

Manière de voir n° 91

LES DOSSIERS DE LA MONDIALISATION

100 pages,7 € En vente dans les kiosques En vente dans les kiosques. .