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M O N N A I E , M É D I A S . . . L A C H I N E A V A N C E S E S P I O N S – pages 20 et 21

JOURNALISTES POUR MOTEURS DE RECHERCHE

PAR I GNACIO RAMONET Page 27.

4 , 9 0 € - Mensuel - 2 8 p a g e s

N° 684 - 58e année. Mars 2011

DÉBAT SUR LA FISCALITÉ

Réhabiliter l’impôt

Alors que les déficits publics s’accumulent, la course au moins-disant fiscal se poursuit. M. Barack Obama a prolongé les baisses d’impôts pour les plus riches. En France, M. Nicolas Sarkozy veut supprimer l’impôt sur la fortune. Des économistes socialistes cherchent un peu plus de justice, tout en restant dans le même cadre. N’est-il pas temps d’aller plus loin ?

PA R J E A N - CHR I S T O P H E L E DU I G O U *

* Economiste, syndicaliste, auteur notamment de Réinventer l’impôt, Syros-La Découverte, Paris, 1995, et coauteur du Petit Livre des retraites (à l’usage de ceux qui veulent les défendre), L’Atelier, Ivry-surSeine, 2010.

ENFIN, le vent a tourné et la réforme fiscale revient au goût du jour. Certains osent même évoquer la perspective d’une « révolution ». Mais sommes-nous au seuil d’une vraie transformation de la fiscalité ou d’un simple aménagement de l’Etatprovidence secoué par la crise ?

Pendant trente ans, les gouvernements successifs ont vécu avec l’illusion de la solidité de notre système de f inances publiques. Quelles que soient les diff icultés, les services publics continuaient à fonctionner. Les budgets assumaient tant bien que mal les conséquences de la montée du chômage. La décentralisation permettait de transférer des charges de financement importantes aux collectivités territoriales. En contrepartie, l’Etat, via un endettement en forte croissance, devenait le principal soutien des marchés financiers – au point de former avec eux un couple indissociable.

En France comme ailleurs, le conformisme a dominé le débat sur la politique économique, les fiscalistes ne contribuant guère à son renouvellement. La réduction des prélèvements sur le capital et ses revenus fut ainsi le nec plus ultra des choix proposés. Gauche et droite, successivement, ont creusé ces fameuses « niches » qui font de notre système de prélèvement un gruyère, où coexistent des taux d’impôts et de cotisations apparemment élevés et des assiettes (1) réduites, au moins pour tout ce qui n’est pas rémunération salariale. Les exonérations ciblées étaient déjà nombreuses. Mais en cinq ans, de 2003 à 2008, l’ampleur des cadeaux octroyés a augmenté de 47 %, passant de 50 à 73 milliards d’euros (2).

Désormais, en dépit des tentatives d’en reculer l’échéance, l’augmentation des prélèvements paraît inéluctable. Preuve, une nouvelle fois, comme le disaient à la fois Karl Marx et Joseph Schumpeter, que « l’impôt est la base matérielle de l’Etat ».

(Lire la suite page 22.)

(1) L’assiette est la base de revenu (ou de patrimoine) sur laquelle les impôts ou cotisations sont calculés.

(2) Chiffres rendus publics le 5 juin 2008 par M. Didier Migaud, alors président de la commission des f inances de l’Assemblée nationale, dans le « Rapport d’information sur les niches f iscales ».

LA FIN D’UN ORDRE RÉGIONAL

Ce que change le réveil arabe

Si les craintes d’une immigration massive venant de Libye dominent dans l’Union européenne, les Etats-Unis s’intéressent plutôt aux retombées du réveil arabe sur l’ordre régional. Ils redoutent les conséquences de la chute de M. Hosni Moubarak, pilier de leur politique, qu’il s’agisse du dossier iranien ou du conflit israélo-arabe. Mais tous ces calculs pourraient être chamboulés par l’irruption des opinions publiques, sensibles au calvaire des Palestiniens.

PA R A L A I N GRESH

PLUSIEURS semaines de grèves et de manifestations sub- mergent ce grand pays musulman. La crise économique et sociale, le pillage de l’Etat par la famille du président, un autoritarisme sans bornes ébranlent ce pilier de la politique américaine dans la région. Washington lâche pourtant son vieil allié. La secrétaire d’Etat demande au dictateur de démissionner afin d’« ouvrir la voie à une transition démocratique ».

Nous ne sommes pas en Egypte en février 2011, mais en Indonésie en mai 1998. C’est Mme Madeleine Albright, et non Mme Hillary Clinton, qui s’exprime. Suharto, arrivé au pouvoir avec l’aide de la Central Intelligence Agency (CIA), en 1965, après avoir fait massacrer un demi-million de communistes ou supposés tels, doit quitter la scène. Avec la chute du mur de Berlin (1989) et la f in de l’Union soviétique (1991), l’Indonésie a perdu sa place d’avant-poste de la lutte contre le communisme et, à Washington, on préfère accompagner un mouvement de démocratisation, l’orienter dans un sens favorable aux intérêts des Etats-Unis. D’autant que le président William Clinton veut déjà donner au monde une image plus ouverte de l’Amérique. Finalement, le choix s’avère habile,

et Djakarta maintient des relations étroites avec Washington, même si l’Indonésie, membre actif de l’Organisation de la conférence islamique, fait preuve d’indépendance, par exemple sur le dossier nucléaire iranien.

Quelles leçons tirer de cet exemple ? D’abord, qu’aucune dictature n’est éternelle, même quand elle sévit dans le plus peuplé des pays musulmans. Ensuite, que les changements internes influent sur la politique étrangère, mais que l’ampleur des évolutions varie selon les contextes : l’Egypte n’est pas l’Indonésie ; le Proche-Orient n’est pas l’Asie du Sud-Est.

Il était devenu banal, dans les couloirs de l’Elysée comme dans ceux des chancelleries occidentales, de ricaner de la « rue arabe ». Fallait-il vraiment tenir compte de ce que pensaient ces quelques centaines de millions d’individus dont on ne pouvait attendre, au mieux, que des slogans islamistes ou antioccidentaux, alors que l’on s’entendait si bien avec des dirigeants aptes à imposer chez eux un ordre salutaire ; alors que monarques et présidents accueillaient nos gouvernants, et même nos intellectuels, avec une hospitalité tout orientale – entre 1995 et 2001, le Maroc a enregistré quatre cents séjours privés de ministres français ; alors que ces autocrates maintenaient la f iction d’un « processus de paix » tandis que la colonisation israélienne s’étendait ?

MOHAMED ABLA. – De la série « Scènes de rues (détail) », 2007

(Lire la suite de cet article page 14

et notre dossier pages 11 à 17.)

Et demain, l’Iran ?

PAR SERGE HALIMI

LES BALLES qui tuent peuvent être chiites ou sunnites, modérées ou radicales, pro-occidentales ou « anti-impérialistes ». Les populations qui meurent, aussi. Mais les régimes qui tirent se ressemblent. Celui de Tripoli a d’ailleurs su remplacer l’appel incantatoire à la révolution mondiale par le gardiennage des frontières de l’Union européenne (1).

Les mêmes falsifications réunissent aussi des gouvernements que tout semblerait distinguer. Téhéran a ainsi prétendu percevoir dans le soulèvement démocratique arabe les prodromes d’un «réveil islamique» inspiré par la révolution iranienne de 1979 ; Israël a repris ce fantasme, mais pour feindre de s’en alarmer. Toutefois, quand des opposants iraniens ont voulu saluer les manifestants du Caire, la théocratie au pouvoir leur a fait tirer dessus. L’armée israélienne, elle, ne massacre pas des civils aux mains nues – sauf quand ils sont palestiniens (1 400 morts à Gaza il y a deux ans). Mais M. Benyamin Netanyahou n’apprécie pas davantage que Téhéran l’exigence de liberté de la jeunesse arabe. Car elle pourrait priver son pays d’excellents partenaires, autocratiques mais proaméricains. Il ne resterait plus alors à Tel-Aviv qu’à crier au loup en se rabattant sur l’épouvantail iranien.

Or les tensions avec Israël et les sanctions internationales permettent au régime de Téhéran, enhardi par l’affaiblissement de ses grands rivaux régionaux (Egypte et Arabie saoudite), de réactiver son discours nationaliste. Cela lui est d’autant plus utile que le « mouvement vert » de 2009 n’a pas été assommé par la répression qu’il a subie. Le Guide suprême Ali Khamenei espérait que le «vaccin»des pendaisons et des tortures avait détruit les «germes» de la contestation. Hélas pour lui, les soulèvements arabes ainsi que le contraste humiliant entre une population instruite et un système politique moyenâgeux sapent la légitimité déjà ébranlée de son régime. Alors, à défaut de faire mitrailler la foule des mécontents par l’aviation, « à la libyenne », le clan religieux au pouvoir encourage les clameurs meurtrières de ses séides. Au lendemain d’une forte mobilisation de l’opposition, 222 des 290 députés ont ainsi réclamé le procès de MM. Mehdi Karroubi et Mir Hossein Moussavi, deux anciens dignitaires du régime qui vivent en résidence surveillée depuis qu’ils se sont dressés contre le Guide suprême. Et, le 18 février, Téhéran fut le théâtre d’une manifestation destinée à «exprimer sa haine, sacolère et sondégoût devant les crimes sauvages et répugnants des chefs de la sédition et de leurs alliés hypocrites et monarchistes(2) ». «Agents sionistes» ou «hooligans», ils sont menacés de mort.

S’il manque d’imagination et de vocabulaire, le régime théocratique n’est pas dépourvu d’appuis ; les remontrances occidentales l’indiffèrent. Mais son existence est fragile car, comme l’a rappelé le 14 février le président turc Abdullah Gül, en visite à Téhéran, «quand les chefs d’Etat neprêtent pas attention auxdemandesdeleurnation, cesontlespeuples eux-mêmesquis’enchargent».

(1) Lire Alain Morice et Claire Rodier, « Comment l’Union européenne enferme ses voisins », Le Monde diplomatique, juin 2010.

(2) Annonce à Téhéran du Conseil pour la coordination de la propagande islamique, cité par l’Agence France-Presse, 16 février 2011.

★ S O M M A I R E C O M P L E T E N P A G E 2 8

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