Abonnement électronique d'un an à Le Monde diplomatique (FR) pour 43.99€.
Garantie de remboursement si vous changez d'avis - valable 30 jours
page:
sommaire
précédent suivant
zoom - zoom +
vignettes double page page simple double page grand
ajuster à la taille de l'écran
copier sur un blog
Aller à la page 16 Aller à la page 14 Aller à la page 20 Aller à la page 27 Aller à la page 4 Aller à la page 10 Aller à la page 21 Aller à la page 17 Aller à la page 31 Aller à la page 29 Aller à la page 23 Aller à la page 30 Aller à la page 6 Aller à la page 11 Aller à la page 28 Aller à la page 8 Aller à la page 18 Aller à la page 24 Aller à la page 19 Aller à la page 7 Aller à la page 25 Aller à la page 26 Aller à la page 3 Aller à la page 13 Aller à la page 12 Aller à la page 15 Aller à la page 9 Aller à la page 22 Aller à la page 2 Aller à la page 5
page:
sommaire
précédent suivant
zoom - zoom +
vignettes double page page simple double page grand
ajuster à la taille de l'écran
copier sur un blog
imprimer

Version texte

NOVEMBRE 2009 – LE MONDE diplomatique 32

MONDE diplomatique diplomatique

CRÉATION ARTISTIQUE

Un Conseil à ne pas suivre

PAR E VELYNE P IEILLER

« L

A CRISE renforce le besoin de culture », diagnostiquait en janvier dernier M. Nicolas Sarkozy, ajoutant que c’est « à l’Etat de porter ce message » (1). Comme on sait, le président de la République a l’habitude de mettre ses idées en pratique ; c’est pourquoi il a décidé, en relation avec cette forte analyse des conséquences du krach, d’instituer, en février, un inédit Conseil pour la création artistique.

Ainsi, la France, continuant à faire briller les feux de son exception, affirme par sa voix la plus officielle que la culture peut être la réponse à la crise. C’est inattendu. Comme souvent lorsque le mot « culture » est utilisé, il est difficile de comprendre de quoi il retourne au juste. Mais M. Sarkozy précise ce qu’il entend par ce vocable : « Notre culture est notre bien le plus précieux, elle donne du sens à notre vie personnelle, elle est ce qui porte notre société et la fait tenir ensemble, elle est ce qui restera de notre civilisation (2).» Il semblerait que, dans son esprit, la « culture » soit identifiable aux « valeurs » : « Bien plus qu’une crise financière, qu’une crise économique et sociale, c’est une crise morale et culturelle que nous traversons (3).» En résumé, c’est la « confusion des valeurs » qui fait monter le chômage.

Le 3 février 2009 était une date symbolique pour ceux qui sont attachés à l’histoire, à l’action et à l’avenir du ministère de la culture, puisqu’il fêtait ce jour-là son cinquantième anniversaire. De façon tout aussi symbolique, c’est la veille de cet anniversaire que le Conseil était installé. Le discours pour lancer les manifestations du cinquantenaire prononcé par Mme Christine Albanel, alors ministre, ne suscita pas un intérêt brûlant : le président lui avait impeccablement volé la vedette. La manœuvre était bien un peu taquine, mais elle avait le mérite de la franchise : le Conseil apparaissait ainsi comme un contre-projet, et, sans être directement critiqué, le ministère se retrouvait dans la pénombre qui sied aux préretraités. M. Sarkozy n’en faisait d’ailleurs pas mystère : il entendait bousculer le « conformisme », secouer les immobilismes là comme ailleurs, et ne pas renoncer à sa célèbre intrépidité : « Ma parole est plus libre que celui qui produit et qui doit faire attention à ce qu’il dit. (...) C’est donc à moi de donner un coup de

pied dans la fourmilière (4).» L’image devrait laisser rêveuses les fourmis concernées.

Depuis son élection, le chef de l’Etat n’a pas vraiment suscité d’élan d’amitié dans les milieux culturels, plus ou moins de gauche. Il est vrai qu’il ne trouve pas toujours les mots justes pour s’adresser à eux (voir plus haut), ce qui peut agacer. Et quand il justifie la création de son Conseil en se donnant pour prédécesseurs Charles V et François Ier, il paraît peu sensible aux vertus de la République – moins portée sur la construction des châteaux de la Loire que sur la nationalisation du palais du Louvre –, ce qui peut surprendre le citoyen en général, et l’acteur du monde culturel en particulier. Il est encore plus vrai que ce fameux Conseil, où siègent douze membres sous la houlette de M. Marin Karmitz, a notamment pour caractéristique remarquable d’être présidé par... le président de la République et de rendre des comptes, à en croire M. Karmitz, avant tout au président – ce qui peut troubler (5).

Mais enfin, il convient, si l’on souhaite se délester du fardeau des archaïsmes et améliorer notre compétitivité internationale, de ne pas se crisper sur des principes vieillots comme le refus, en démocratie, de la personnalisation à outrance du pouvoir présidentiel, et de ne juger d’une initiative que par ses objectifs et ses résultats ; ce qui importe, c’est le concret.

Les objectifs du Conseil sont délicieusement consensuels : il doit « encourager l’épanouissement de grands artistes français, attirer sur notre sol les plus grands créateurs étrangers, faire fructifier les talents, semer les œuvres dans les rues et sur la toile numérique (6) ». Certes, on est un peu loin de la définition par André Malraux des missions du ministère de la culture : « Rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité et d’abord de la France au plus grand nombre de Français, assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel, et favoriser la création des œuvres de l’art et de l’esprit qui l’enrichissent. » Mais il est vrai que l’Etat entend désormais impulser un « changement de culture » et effacer des « décennies de mauvaises habitudes » (7).

Le Conseil va donc corriger les errements d’une politique culturelle quinquagénaire sinon cacochyme,

en se concentrant sur les créateurs, reconnus ou émergents, et sur la popularisation des créations, enfin sorties de leur cadre académique, qui les éloigne par trop du peuple, de la jeunesse, de la modernité.

TOUT est à peu près clair dans la répartition des « missions » : le ministère s’occupe du patrimoine, le Conseil se charge de la création et de sa diffusion. Décidément, la marginalisation s’accentue d’un ministère qui ne finance plus d’ailleurs qu’un quart de la dépense publique culturelle. Mais il n’est pas non plus tout à fait impensable que l’élaboration de ce Conseil ait été conçue comme une « opération séduction » à destination des artistes, et plus largement de ceux à qui importe la vie culturelle. A première vue, il faudrait avoir très mauvais esprit pour s’y opposer.

A deuxième vue, il est quand même difficile de ne pas s’adonner aux charmes toniques du mauvais esprit.

Le Conseil, conçu comme un « service de recherche et développement », pour citer M. Karmitz, a rendu publiques, en septembre, dix idées destinées à « mettre en œuvre une politique culturelle d’envergure pour le temps présent et l’avenir », selon les termes du communiqué officiel. C’est entendu, comme disait Pierre Dac, les prévisions sont difficiles, surtout quand elles concernent l’avenir ; mais, pour le présent, on peut avoir un point de vue. Il est attristé. Tout d’abord, sur dix propositions, seules deux concernent la « création » ; et pour y avoir accès, encore faut-il, conditions sine qua non, être jeune et relativement peu préparé. L’une porte sur l’appropriation de « lieux historiques » à utiliser «à

des fins inventives » ; l’autre, sur l’ouverture d’une école de cinéma installée sur une péniche, au pied des cités, et proposant de faire du « cinéma de rue ». On admirera le flou des « fins inventives » et on rêvera sur le « populaire » des cités s’épanouissant dans le cinéma populaire : à chaque catégorie sociale son esthétique...

C’est tout. C’est peu. Mais c’est que l’essentiel du programme relève d’une volonté de « démocratisation de la culture », jugée trop élitiste : un musée nomade pour présenter les œuvres du XXe siècle ; un service de vidéos à la demande pour les étudiants ; la participation à des orchestres classiques de jeunes en situation difficile, dans les quartiers sensibles, et n’ayant jamais pratiqué la musique... C’est mignon. Et si fluet que c’en est étonnant. Avec cette série de gadgets bien-pensants qui ne constitue en rien une politique culturelle, on frôle allègrement la démagogie, qu’il suffit de rebaptiser démocratisation pour lui donner belle allure.

Tout paraît sans surprise, et inoffensif... Sauf que d’autres missions attribuées à ce Conseil ont été moins mises en lumière : il doit notamment « examiner en priorité les mesures de nature à permettre le développement de nouvelles sources de financement de la création artistique (8) ». Ah ! Comme le précise M. Karmitz, il faut « garder du public et mettre dans le coup du financement privé » ; les artistes ne doivent pas « se considérer uniquement comme des assistés (9) ». Les subventions publiques seraient donc de la « charité » ? La culture pourrait donc être une affaire rentable ?... On comprend mieux le silence du Conseil concernant le théâtre, si regrettablement coûteux, et sa passion pour le numérique, qui entre dans au moins quatre de ses propositions. On comprend mieux que la « création » ait une place aussi maigrelette, et qu’il soit davantage question ici de « publics » que de « citoyens ».

D’après M. Karmitz, fondateur de la société MK2 – 70 millions d’euros de chiffre d’affaires –, « la culture ne peut se faire que dans la rébellion ». Contre les fins de mois difficiles ? Ou contre la réforme libérale du ministère de la culture (10) ?

(1) « Vœux aux acteurs de la culture », Nîmes, 13 janvier 2009. (2) Discours à l’occasion de l’installation du Conseil pour la création artistique, Paris, 2 février 2009.

(3) « Vœux aux acteurs de la culture », op. cit. (4) Ibid. (5) Le premier ministre et le ministre chargé de la culture en sont membres de droit.

(6) Discours à l’occasion de l’installation du Conseil..., op. cit. (7) Ibid. (8) Décret portant sur la création du Conseil, 30 janvier 2009. (9) Entretien avec Jean-Pierre Elkabbach, Europe 1, 14 janvier 2009.

(10) Le Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac) réclame la dissolution du Conseil.

SOMMAIRE

Novembre 2009

PAGE 2:

Soutenez Le Monde diplomatique. – Courrier des lecteurs.

PAGE 3:

« Apocalypse » ou l’histoire malmenée, par LIONEL RICHARD.

PAGES 4 ET 5:

Une flammèche obstinée a embrasé la Guadeloupe, par FRANÇOIS RUFFIN.

PAGE 6:

La gauche israélienne en déshérence, par ZEEV STERNHELL. PAGE 7:

Quelle réflexion stratégique européenne ?, par PIERRE CONESA. PAGES 8 ET 9:

Surprenante souplesse tactique des talibans en Afghanistan, par PATRICK PORTER. – Les leçons oubliées du Vietnam, par WILLIAM R. POLK. PAGES 10 ET 11 :

En Birmanie, des élections au bout des fusils, par ANDRÉ ET LOUIS BOUCAUD. – Plus de cent trente minorités (A. ET L. B.). PAGE 12 :

La Guinée, d’un putsch à l’autre, par GILLES NIVET.

PAGE 13 :

Une génération à l’assaut de la Côte d’Ivoire, par VLADIMIR CAGNOLARI.

PAGES 14 ET 15 :

Interminables fiançailles entre Bruxelles et les Balkans, par JEANARNAULT DÉRENS.

PAGES 16 ET 17 :

Sur les traces estompées de l’Allemagne de l’Est, par BERNARD UMBRECHT. – Un pays englouti (B. U.). PAGES 18 ET 19 :

LA CRISE VUE DU MEXIQUE : A Tijuana, la mauvaise fortune des « maquiladoras », par ANNE VIGNA. – Un accord à renégocier (A. V.).

PAGES 20 ET 21 :

Dans les rouages d’un grand aéroport, suite de l’enquête de MARC ENDEWELD. PAGE 22 :

L’immigration, un « problème » si commode, par ERIC FASSIN. PAGE 23 :

Où vont tous ces enfants ?, par CLAIRE BRISSET. PAGES 24 ET 25 :

Et soudain resurgit la faim, par STÉPHANE PARMENTIER. – Pour un modèle agricole dans les pays du Sud, par JACQUES BERTHELOT. PAGES 26 ET 27 :

Anatomie d’un effondrement, par FRANÇOIS CHESNAIS. – Au four et au moulin, par PIERRE RIMBERT. PAGES 28 ET 29 :

LIVRES DU MOIS : « Dans les pas du renne », de Mariusz Wilk, par NATHALIE MELIS. – « Le Goût âpre des kakis », de Zoyâ Pirzâd, par XAVIER LAPEYROUX. – Cette machine tue les fascistes !, par JACQUES DENIS. PAGE 30 :

Une pelleteuse sur le lac des cygnes (P. R.). – Parti révolutionnaire, anticapitaliste ou antilibéral ?, par MAURICE LEMOINE. PAGE 31 :

Kateb Yacine, l’éternel perturbateur, par MARINA DA SILVA.

Le Monde diplomatique du mois d’octobre 2009 a été tiré à 226 546 exemplaires. A ce numéro sont joints quatre encarts, destinés aux abonnés : « Sciences humaines »,

« Fleurus Presse », « Agir pour l’environnement » et « Sortir du nucléaire ».

7€ 100 pages

Chez votre marchand de journaux